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Au début des années 1900, George Matthew est devenu un pionnier du domaine de l’identification et de la classification scientifique des traces de fossiles. Les paléontologues appellent ce domaine de recherche l’ichnologie des vertébrés. Dans le cas de George Matthew, il s’agit de l’étude d’empreintes de traces d’amphibiens et de reptiles remontant à plus de 300 millions d’années. George Matthew habitait à Saint John et travaillait au bureau des douanes. Il était aussi géologue et paléontologue, membre de la Société d’histoire naturelle du Nouveau-Brunswick. Cependant, presque toutes les empreintes fossiles qu’il a étudiées provenaient de la Nouvelle-Écosse. En effet, les empreintes fossiles du Nouveau-Brunswick étaient rares. Il existe une exception, un fossile trouvé à Saint John, mais ce sera l’objet d’un autre récit.

Ainsi, la découverte dans les années 1970 de traces de fossiles dans le parc provincial Lepreau Falls, à l’ouest de Saint John, a passionné les paléontologues. En octobre 1974, un groupe d’étudiants du Département de géologie de l’Université du Nouveau-Brunswick en excursion met à jour des traces fossilisées. L’identification préliminaire donne suite, en 1978, à une description dans la Revue canadienne des sciences de la Terrepar William Sarjeant et Peter Stringer. Ces fossiles se trouvant dans un parc provincial et ne pouvant être extraits sans excavation – une manœuvre qui les aurait endommagés – l’équipe de l’époque décide de mouler les traces dans du plâtre. Aujourd’hui, la Loi sur la conservation du patrimoinedu Nouveau-Brunswick, entrée en vigueur en 2010, exigerait un permis pour prélever le fossile ou modifier le site fossilifère.

Il faut préciser qu’il n’est pas nécessaire de prélever systématiquement tous les fossiles. La décision en 1974 de laisser le fossile sur place était donc judicieuse. Le moulage en plâtre a été versé dans la collection de paléontologie du Musée du Nouveau-Brunswick, où il se trouve toujours sous le code NBMG 3044. Une seconde trace a été découverte en octobre 1977, à côté de la première. Elle a également été moulée et sa copie en plâtre a été envoyée au Musée du Nouveau-Brunswick sous le code de NBMG 3047.

Quand William Sarjeant et Peter Stringer ont identifié les deux traces fossilées sous le nom d’Isocampe lepreauense et de Rhynchosauroides franconicus, toutes les preuves géologiques de l’époque indiquaient que les roches dataient du Trias (sur l’échelle du temps géologique, soit environ 240 millions d’années). Ces fossiles ont subi l’érosion, mais, d’après une comparaison avec des traces fossilisées du même âge situées ailleurs, les deux scientifiques ont cru que les traces provenaient de reptiles anciens.

L’âge des roches de Lepreau Falls est demeuré un casse-tête pendant des dizaines d’années. Les géologues du gouvernement du Nouveau-Brunswick ont pourtant fini par résoudre la question et considèrent aujourd’hui que ces roches sont beaucoup plus vieilles. Les sédiments qui les composent ont été déposés dans les rivières il y a environ 325 millions d’années pendant le Mississippien. La révision de l’âge des roches a donc forcé une nouvelle analyse des traces fossilisées décrites plus haut. Près de 40 ans plus tard, une équipe de paléontologues et de géologues a ainsi réexaminé les fossiles et les roches dans lesquelles ils ont été trouvés. En 2016, Matt Stimson, Randall Miller, Spencer Lucas, Adrian Park et Steven Hinds ont publié un article scientifique découlant de la nouvelle étude dans la revue Atlantic Geology. On pense maintenant que les traces fossilisées ont été faites par des amphibiens anciens, et non par des reptiles. L’étude a également conclu que les traces avaient été faites non pas par deux types d’animaux, mais par le même qui, simplement, marchait d’une manière différente. Pour mieux comprendre, il suffit de penser à un groupe de personnes qui marchent, courent ou sautent sur une plage. Ce sont tous des humains, mais ils laissent des empreintes différentes. Après 40 années, les fossiles de Lepreau Falls étaient un peu plus usés qu’au moment de leur découverte. Cependant, si la nouvelle étude a pu se faire, c’est grâce à William Sarjeant et Peter Stringer qui ont déposé les moulages de fossiles originaux dans la collection d’un musée pour que d’autres générations puissent les étudier. Ils ont suivi de bonnes pratiques scientifiques.

Comment Matt Stimson et son équipe ont-ils décidé d’appeler le fossile? Une comparaison avec d’autres traces datant du Mississippien a révélé qu’elles correspondaient plus étroitement aux fossiles trouvés dans d’autres sites du même âge qui avaient reçu le nom de Matthewichnus, en hommage au travail d’avant-garde du paléontologue néo-brunswickois George Matthew. Quelle heureuse coïncidence!

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Au Nouveau-Brunswick, les fossiles sont protégés par la loi!

Un permis est nécessaire pour en ramasser.

Si vous découvrez un fossile, notez l’endroit où il se trouve, photographiez-le, puis envoyez l’information au Musée du Nouveau-Brunswick : www.nbm-mnb.ca.

Lepreau Falls
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Loi sur la conservation du patrimoine du gouvernement du Nouveau-Brunswick

Au sujet de cette loi

L’importance du patrimoine paléontologique de la province est officiellement reconnue dans la Loi sur la conservation du patrimoine (2010). Établissant la propriété provinciale de tous les objets paléontologiques, la LOI stipule que les fossiles découverts dans la province ne doivent pas être détruits ni retirés d’où ils se trouvent, sans le permis requis. En fait, n’importe quel site patrimonial et les objets qui s’y trouvent peuvent faciliter la compréhension de l’histoire humaine ou naturelle du Nouveau-Brunswick. Comme il est impossible de remplacer les objets patrimoniaux de valeur et le contexte dans lequel ils sont trouvés advenant leur destruction ou leur modification, notre approche collective des sites géologiques exige une prudence constante.

Patrimoine – gouvernement du Nouveau-Brunswick
Conservation du patrimoine – gouvernement du Nouveau-Brunswick

  • Un permis est obligatoire pour recueillir ou extraire des fossiles que ce soit à des fins de recherche ou d’étude, d’intérêt ou de passe-temps.
  • Les professionnels doivent se munir d’un permis pour travaux paléontologiques sur le terrain.
  • Les amateurs doivent se procurer un permis de paléontologue amateur.
  • Les demandes de permis sont examinées par le Musée du Nouveau-Brunswick qui envoie ses recommandations au ministre aux fins d’examen et de décision.
  • Le Musée du Nouveau-Brunswick coordonne la délivrance des permis au nom du ministre.
  • En général, le Musée du Nouveau-Brunswick fait office de dépositaire pour les spécimens et les documents connexes et se garde la possibilité d’examiner et de conserver tout ce qui a été recueilli.

Une demande de permis se fait pour un site précis et pour une période d’étude limitée. Il est possible de délivrer un permis unique pour une grande zone d’étude, pour toutes les périodes géologiques trouvées et pour le temps nécessaire à la réalisation de l’étude. Le permis précise le format du rapport exigé et peut inclure l’obligation d’indiquer en détail les fossiles découverts et leur emplacement et d’ajouter des photographies, des notes de terrain et des analyses de laboratoire. Tous les fossiles recueillis sont considérés comme étant la propriété du gouvernement et doivent être offerts au Musée du Nouveau-Brunswick.

  • La Loi sur la conservation du patrimoine du Nouveau-Brunswick reconnaît que les ressources paléontologiques de la province ne sont pas toutes connues. Au fur et à mesure des découvertes et des activités, il se pourrait que de nouveaux fossiles encore inconnus soient mis au jour. En effet, dans la province, la plupart des roches potentiellement fossilifères ne sont pas visibles et restent inexplorées. La découverte de fossiles sans l’obtention préalable d’un permis reste donc toujours possible.
  • La Loi sur la conservation du patrimoine du Nouveau-Brunswick prévoit dans ce cas l’obligation de signaler la découverte dès que possible, en précisant la nature, le lieu et la date de la découverte.
  • Un rapport doit être remis au Musée du Nouveau-Brunswick.
  • Le Musée du Nouveau-Brunswick décide alors du niveau d’intervention requis pour donner suite au rapport (accuser réception du rapport, déterminer la nécessité d’enquêter sur le terrain, délivrer un permis de collecte et/ou de modification).
Géoparc mondial Stonehammer de l’UNESCO