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Premier membre du Réseau mondial des géoparcs de l’UNESCO en Amérique du Nord, le parc Stonehammer regorge de témoignages géologiques qui couvrent un milliard d’années et de récits de gens dont la vie a été façonnée par la géologie des lieux. Le logo de Stonehammer reprend certaines des caractéristiques géologiques du parc et fait le lien entre les gens et la géologie. Le symbole central, un trilobite, fait référence à un des fossiles les plus célèbres du parc. Les trilobites, une espèce aujourd’hui disparue, ressemblaient à des crabes et ont commencé à peupler le fond de l’océan au Cambrien, il y a près de 530 millions d’années. George Matthew et Fred Hartt, tous deux membres du Steinhammer Club, ainsi que leur collègue Loring Bailey, trouvent, dans le parc en 1863, les premiers fossiles canadiens de trilobites du Cambrien. Dans les années 1880, Will Matthew, le jeune fils de George, met au jour, dans les rochers de Saint John, un des plus grands fossiles de trilobite du monde.

Le géoparc Stonehammer porte sur la géologie, mais évoque aussi les gens, la société et la culture. La vie même des gens est façonnée par la géologie – le lieu où l’on vit, ce qu’on y cultive, le paysage terrestre environnant, les risques naturels, les ressources en eau, le climat, les mines, les sources d’énergie, tout a rapport à la géologie.

Comme au temps du docteur Gesner et du Steinhammer Club, le marteau brise-roche (stone hammer en anglais) reste le principal outil du géologue.

L’exploration du géoparc Stonehammer

L’exploration géologique au Nouveau-Brunswick a commencé par la nomination du Dr Abraham Gesner en tant que géologue provincial (il était aussi docteur en médecine) une fonction qu’il assumera de 1838 à 1842. En 1842, il ouvre un musée à Saint John pour montrer ses collections à la population. Le musée de Gesner est le premier en son genre dans l’Amérique du Nord britannique. Son premier catalogue faisait état de près de 1600 spécimens géologiques. Malheureusement, ses revenus n’ont pas été suffisants pour résoudre les problèmes financiers de Gesner et, en 1843, ses collections passèrent à ses créanciers qui en firent don au Mechanics’ Institute de Saint John. Il ne fait aucun doute que la collection muséale unique de Gesner a influencé toute une nouvelle génération de géologues à Saint John.

En 1857, un groupe de jeunes hommes de Saint John intéressés par la géologie, forment le Steinhammer Club. Les membres du club vont étudier les caractéristiques géologiques complexes et les fossiles des environs de la ville. S’appuyant sur les livres de référence de sir Charles Lyell et les rapports de Gesner, ils explorent et documentent la géologie locale en détail. Leur travail permet ainsi de commencer à percer certains mystères géologiques des alentours de Saint John et du littoral sud du Nouveau-Brunswick. George Matthew a été le géologue le plus actif de ce club.

En 1860, Charles Frederic Hartt devient membre du club. Ce diplômé de l’Acadia College en Nouvelle-Écosse a déménagé à Saint John pour enseigner dans une école secondaire de jeunes filles dirigée par son père. Au cours de son premier été à Saint John, il commence à recueillir des fossiles dans l’ouest de Saint John, un secteur qui s’appelait alors Lancaster, dans un endroit près du parc Seaside. Hartt se consacre alors principalement au site fossilifère de Fern Ledges. De 1860 à 1863, lui et ses amis extraient du schiste des fossiles de plantes et des restes d’insectes qui attireront l’attention de géologues du monde entier. À l’époque, on pense que les roches datent du Dévonien et que ces insectes sont donc les plus anciens connus dans le monde. Hartt publie son rapport sur les fossiles de Fern Ledges dans la deuxième édition du livre Acadian Geologyde sir William Dawson (1868). D’autre part, avec l’aide de Dawson, Matthew et Hartt vont mettre sur pied une société d’histoire naturelle à Saint John. Ce sera Marie Stopes qui, plus tard, résoudra le casse-tête de l’âge des roches.

En 1861, Loring Woart Bailey arrive au Nouveau-Brunswick. Il va rapidement élargir le champ des activités de Matthew et de Hartt. Diplômé de Harvard en 1859 après avoir étudié auprès de Louis Agassiz, célèbre paléontologue suisse, spécialiste du Quaternaire et professeur de zoologie et de géologie, Bailey est nommé professeur de chimie et d’histoire naturelle au Kings College de Fredericton. Il rencontre très vite Matthew et Hartt, avec qui il entame des travaux de géologie et de minéralogie. En 1863, les trois hommes effectuent leur première expédition sur le terrain.

Les trois compagnons explorent ainsi la région qui correspond aujourd’hui au géoparc Stonehammer. Leur plus importante découverte se fait à leur premier arrêt, juste à l’est de Saint John. Les fossiles du Cambrien trouvés, qui seront étudiés plus tard par Hartt, deviennent les premiers trilobites du Cambrien connus au Canada. Au fil des années 1860 les trois hommes produiront une demi-douzaine d’articles, des cartes et des contributions à d’importants ouvrages.

Matthew et Hartt ont également participé à la fondation de la Société d’histoire naturelle du Nouveau-Brunswick. Pour sa première acquisition, en 1863, la Société achète pour son musée les fossiles trouvés par Hart à Fern Ledges. Hartt utilisera l’argent pour assister aux cours du professeur Agassiz à Harvard et reviendra plusieurs étés à Saint John pour poursuivre des travaux avec Bailey et Matthew. Son lien avec le Nouveau-Brunswick s’amenuisera cependant lorsqu’il ira travailler à l’université Cornell et mènera des expéditions au Brésil.

Après la création de la Confédération en 1867, la Commission géologique du Canada commence à explorer le Nouveau-Brunswick. Sir William Logan, son fondateur, engage Bailey et Matthew pour qu’ils poursuivent l’étude de la partie sud de la province. Matthew, alors employé du gouvernement au service des douanes, est occasionnellement détaché à la Commission géologique du Canada. Il ne sera jamais géologue à temps plein, mais il publiera plus de 200 articles et travaillera à contrat pour la Commission jusqu’en 1901. Pendant de nombreuses années, Matthew a agi en tant qu’expert de la paléontologie du Cambrien auprès de la Commission. Il n’est donc pas surprenant que Saint John ait attiré l’attention d’un des paléontologues du Cambrien les plus connus en Amérique du Nord. Charles Doolittle Walcott (célèbre pour sa découverte de fossiles dans les schistes de Burgess) visite ainsi la ville en 1877-1878. Il y découvre sur le terrain les fossiles du début du Cambrien décrits par Matthew. En effet, Matthew avait été un des premiers à faire mention, dans une de ses nombreuses publications, des étranges « small shelly fossils » (fossiles à petite coquille) du Cambrien inférieur, pensant même qu’ils justifiaient l’établissement d’une nouvelle période géologique. Il a d’ailleurs écrit quelques-unes des premières descriptions de ces fossiles. En 1899, Walcott reviendra à Saint John pour étudier ces fossiles du Cambrien inférieur et, pendant 20 ans, il entretiendra une correspondance avec Matthew. À la fin, il ne sera pas d’accord avec l’interprétation qu’a faite Matthew du Cambrien inférieur et sa vision prévaudra. Ce n’est que récemment que certains des concepts fondamentaux formulés par Matthew ont été reconnus.

La Société d’histoire naturelle a étudié tous les aspects des sciences naturelles et acquis de grandes collections géologiques, zoologiques et botaniques. Les spécimens du musée de Gesner et les collections de Matthew et Hartt font aujourd’hui partie de la collection géologique du Musée du Nouveau-Brunswick. Quant au Steinhammer Club, son influence se reflète dans le sceau de la Société, adopté en 1884, et où figure un trilobite du Cambrien trouvé par Hartt à Saint John; il est flanqué de plantes fossiles du Carbonifère venant de Fern Ledges, à Saint John.

Deux rapports sur la géologie de Saint John seront publiés plus tard. Le premier, rédigé par A.O. Hayes et B.F. Howell de l’Université de Princeton et intitulé « Geology of Saint John, New Brunswick », est publié en 1937 par la Geological Society of America. Le second, « Geology of Saint John Region, New Brunswick – Geological Survey Memoir 216 », publié en 1938, est l’œuvre de F.J. Alcock, un géologue de la Commission géologique du Canada. Ces deux rapports ont terminé les travaux de Matthew, Bailey et Hartt et jeté les bases de la compréhension de la géologie locale. Au cours des 60 années qui ont suivi leur publication, les géologues de l’Université du Nouveau-Brunswick et les commissions géologiques provinciale et fédérale ont beaucoup travaillé.

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Au Nouveau-Brunswick, les fossiles sont protégés par la loi!

Un permis est nécessaire pour en ramasser.

Si vous découvrez un fossile, notez l’endroit où il se trouve, photographiez-le, puis envoyez l’information au Musée du Nouveau-Brunswick : www.nbm-mnb.ca.

L’histoire du logo de Stonehammer
L’histoire du logo de Stonehammer

Loi sur la conservation du patrimoine du gouvernement du Nouveau-Brunswick

Au sujet de cette loi

L’importance du patrimoine paléontologique de la province est officiellement reconnue dans la Loi sur la conservation du patrimoine (2010). Établissant la propriété provinciale de tous les objets paléontologiques, la LOI stipule que les fossiles découverts dans la province ne doivent pas être détruits ni retirés d’où ils se trouvent, sans le permis requis. En fait, n’importe quel site patrimonial et les objets qui s’y trouvent peuvent faciliter la compréhension de l’histoire humaine ou naturelle du Nouveau-Brunswick. Comme il est impossible de remplacer les objets patrimoniaux de valeur et le contexte dans lequel ils sont trouvés advenant leur destruction ou leur modification, notre approche collective des sites géologiques exige une prudence constante.

Patrimoine – gouvernement du Nouveau-Brunswick
Conservation du patrimoine – gouvernement du Nouveau-Brunswick

  • Un permis est obligatoire pour recueillir ou extraire des fossiles que ce soit à des fins de recherche ou d’étude, d’intérêt ou de passe-temps.
  • Les professionnels doivent se munir d’un permis pour travaux paléontologiques sur le terrain.
  • Les amateurs doivent se procurer un permis de paléontologue amateur.
  • Les demandes de permis sont examinées par le Musée du Nouveau-Brunswick qui envoie ses recommandations au ministre aux fins d’examen et de décision.
  • Le Musée du Nouveau-Brunswick coordonne la délivrance des permis au nom du ministre.
  • En général, le Musée du Nouveau-Brunswick fait office de dépositaire pour les spécimens et les documents connexes et se garde la possibilité d’examiner et de conserver tout ce qui a été recueilli.

Une demande de permis se fait pour un site précis et pour une période d’étude limitée. Il est possible de délivrer un permis unique pour une grande zone d’étude, pour toutes les périodes géologiques trouvées et pour le temps nécessaire à la réalisation de l’étude. Le permis précise le format du rapport exigé et peut inclure l’obligation d’indiquer en détail les fossiles découverts et leur emplacement et d’ajouter des photographies, des notes de terrain et des analyses de laboratoire. Tous les fossiles recueillis sont considérés comme étant la propriété du gouvernement et doivent être offerts au Musée du Nouveau-Brunswick.

  • La Loi sur la conservation du patrimoine du Nouveau-Brunswick reconnaît que les ressources paléontologiques de la province ne sont pas toutes connues. Au fur et à mesure des découvertes et des activités, il se pourrait que de nouveaux fossiles encore inconnus soient mis au jour. En effet, dans la province, la plupart des roches potentiellement fossilifères ne sont pas visibles et restent inexplorées. La découverte de fossiles sans l’obtention préalable d’un permis reste donc toujours possible.
  • La Loi sur la conservation du patrimoine du Nouveau-Brunswick prévoit dans ce cas l’obligation de signaler la découverte dès que possible, en précisant la nature, le lieu et la date de la découverte.
  • Un rapport doit être remis au Musée du Nouveau-Brunswick.
  • Le Musée du Nouveau-Brunswick décide alors du niveau d’intervention requis pour donner suite au rapport (accuser réception du rapport, déterminer la nécessité d’enquêter sur le terrain, délivrer un permis de collecte et/ou de modification).
Géoparc mondial Stonehammer de l’UNESCO